Le 28 juillet 2025, KTM a redémarré ses usines à Mattighofen après des mois d'incertitude. Dans une interview sans détour, Gottfried Neumeister, le nouveau PDG de KTM AG, révèle les "erreurs internes" qui ont mené la marque au bord du gouffre, le rôle salvateur de Bajaj, et la nouvelle stratégie radicale. Pour les passionnés d'enduro et de tout-terrain, le message est clair : KTM se recentre sur son ADN, la qualité et la course, avec la reprise des productions Offroad en priorité.
Gottfried Neumeister : L'homme du redressement
Qui est cet homme qui a pris les rênes de KTM en pleine tempête ? À 48 ans, Gottfried Neumeister, diplômé en gestion internationale, n'est pas un inconnu du monde des affaires. Après avoir cofondé la compagnie aérienne FlyNiki avec Niki Lauda et occupé des postes clés chez Do & Co AG, il a rejoint KTM en septembre 2024 comme co-CEO (co-PDG), avant de succéder au contesté Stefan Pierer en janvier 2025. Un parcours qui lui a donné l'expérience des situations complexes.
Gottfried Neumeister incarne le nouveau visage à la tête du groupe KTM en remplacement de Stefan Bier écarté et accusé de ne pas avoir anticipé cette crise majeure qui a failli couter la vie au groupe Autrichien
Mattighofen reprend vie : Le 28 juillet 2025, une date historique
Après des mois de suspense, les usines de Mattighofen ont repris leur activité à plein régime le 28 juillet. C'est un soulagement pour toute la communauté KTM.
"Le redémarrage de la production nous donne la stabilité dont nous avons besoin pour nous recentrer pleinement sur la qualité, la proximité avec les clients et la poursuite du développement."
La relance débute en force avec les très attendues gammes Offroad et les populaires LC4 (KTM 690 Enduro R et 690 SMC R), un signe fort pour les passionnés du tout-terrain. Un grand merci a été adressé aux employés et aux clients pour leur patience et leur fidélité durant cette période éprouvante. Objectifs : 56 000 motos d’ici fin 2025, 110 000 à 120 000 en 2026
Pour la petite histoire la première moto à ressortir des chaînes d'assemblage Autrichiennes le 28 juillet a été la KTM 250 SX-F 2026
Fini la course aux volumes
« Si vous ne pensez qu’aux volumes, la qualité s’effondre. »
KTM adopte un plan budgétaire conservateur sur 5 ans. L’objectif est d’être le meilleur, pas le plus gros.
« Nous avons prolongé nos garanties à 4 ans. »
Les 3 erreurs qui ont plongé KTM dans la crise
Neumeister ne mâche pas ses mots : la crise est "d'origine interne". Il pointe du doigt trois décisions stratégiques coûteuses :
- L'aventure à vélo : Un investissement (à parte) massif de 400 millions d'euros qui s'est transformé en gouffre financier après l'effondrement du marché post-Covid.
- Le rachat de MV Agusta : Acquis à un moment critique, cette opération a coûté 220 millions d'euros supplémentaires en acquisition et pertes.
- La surproduction et le surstock : Une course aux volumes effrénée en 2022 a conduit à injecter 70 000 motos de plus dans le réseau, créant un stock d'invendu colossal de 270 000 unités fin 2023 entre l'usine et les concessions.
Cette stratégie a fait exploser la dette nette de KTM, passant de 240 millions à 1,6 milliard d'euros en seulement 18 mois, malgré un chiffre record de 270 000 motos vendues aux clients finaux en 2024.
Le plan de sauvetage : L'insolvabilité contrôlée et l'aide de Bajaj
Face à l'urgence, KTM a dû prendre des mesures drastiques. Une procédure d'insolvabilité avec auto-administration, limitée à l'entité de production, a été mise en place. Une course contre-la-montre de 90 jours a permis de maintenir le navire à flot, malgré l'impossibilité de passer commande de pièces. La production a même dû être stoppée une nouvelle fois faute de composants, les fournisseurs s'étant réengagés ailleurs.
C'est là que la solidarité interne a joué un rôle crucial. Plutôt que de licencier 1200 personnes, l'ensemble des employés a accepté une réduction de 20% de leur salaire. Une preuve de l'attachement à la marque.
Le coup de pouce décisif est venu de Bajaj, le partenaire indien historique. Une injection de 600 millions d'euros a permis de solder les dettes et de relancer la machine.
"Bajaj est un partenaire professionnel avec qui nous travaillons depuis 17 ans. Ils croient en nos équipes et en notre savoir-faire."
Recentrage radical : Moins de marques, moins de modèles, plus de focus
Le mot d'ordre pour l'avenir est clair : "focus et simplicité". KTM se sépare de ce qui n'est pas le cœur de son activité motocycliste :
- Le secteur du vélo sera cédé d'ici fin 2025.
- MV Agusta : arret du projet car pas de synergie de production avec les volumes KTM.
- La coopération avec CFMoto est également arrêtée d'un commun accord.
- Le projet de voiture X-Bow (seulement 36 ventes en 2024) est en cours de cession.
L'objectif est aujourd'hui de rationaliser et de réduire la complexité de la gamme.
"Il existe une large gamme de modèles. Nous avons, par exemple, 84 modèles d'enduro et de motocross répartis sur trois marques dans le monde. C'est un point sur lequel nous devons nous concentrer. C'est notre force et notre argument de vente unique que d'avoir le bon moteur pour chaque pilote. Néanmoins, le fait d'avoir, par exemple, six modèles de 300 cm3 est synonyme de complexité et d'un grand potentiel de rationalisation.
La KTM 300 EXC tpi étant une des meilleur vente du secteur enduro , ne devait pas être touchée par la rationalisation des gammes
Pour les motos Adventure, la polyvalence et le confort sur longue distance seront mis en avant, plutôt que la multiplication des modèles :
"De bonnes choses ont été faites dans le passé que nous n'avons pas besoin d'un changement radical, mais il y a certaines choses qui doivent être repensées, ajustées.
Par exemple, le slogan "Ready to Race" est parfait pour notre gamme tout-terrain. Vous pouvez prendre nos moto et commencer à rouler sans rien changer. Mais pour nos moto adventurere, je n'en suis pas si sûr. Pour moi, un modèle d'aventure est comme un couteau suisse. Il doit être universel. Parfois, j'ai besoin d'aller en ville, parfois je fais du tourisme sur une route de campagne ou je roule sur du gravier dans les montagnes... Vous ne voulez pas avoir mal aux fesses après 500 kilomètres. Nous devons donc être à l'écoute. Placer le client au centre de tout ce que nous faisons.
KTM a décidé de se recentrer sur leur expertise première : la production de moto et en particulier pour ce redémarrage celle des motos tout-terrain (cross et enduro)
La qualité et le client au centre : Garantie 4 ans et "Orange Blood Board"
KTM veut restaurer la confiance de ses clients et de son réseau. La preuve de cet engagement ? La garantie a été étendue à 4 ans.
"Si vous ne pensez qu'aux volumes, la qualité s'effondre."
Le budget pour les cinq prochaines années sera conservateur, l'objectif n'étant plus d'être le plus gros, mais le "meilleur et le plus rentable".
Une initiative forte est le lancement du conseil client international "Orange Blood Board". 15 clients fidèles, sélectionnés parmi plus de 5000 candidatures, donneront directement leur feedback à la direction.
"Ce n'est pas une opération marketing. Nous voulons écouter."
Preuve de ce nouveau départ , KTM communique sur les lancements prochains des gammes enduro et motocross 2026 pour cette fin juillet et début aout 2025
"Notre marque est notre atout majeur, c'est l'élément central qui nous permet de nous différencier des autres constructeurs. KTM a un profil très fort, nous avons une base de clients très fidèles. Bien sûr, nous avons perdu beaucoup de confiance, beaucoup de choses ont été détruites, il est donc important de rétablir cette confiance. Pour moi, il est important d'écouter, d'établir la bonne structure et de donner la priorité au client et à la qualité.
"Si nous produisons la bonne qualité, les revenus et les bénéfices, tout le reste viendra."
L'avenir de Husqvarna et GasGas : Une décision stratégique en cours
Gottfried Neumeister l'affirme : l'heure est d'abord à la consolidation.
"La chose la plus importante à faire maintenant est de sécuriser l'entreprise, d'assurer sa liquidité, et de redonner confiance aux employés et aux marchés."
Pour ce faire, la capacité à commander à nouveau des pièces détachées est primordiale.
Quant à l'avenir des marques Husqvarna Mobility et GasGas, aucune décision hâtive ne sera prise.
"Déterminer le nombre de marques à conserver est une décision stratégique que nous ne prendrons pas en un clin d'œil", précise Neumeister. Une étude de marché approfondie est en cours pour évaluer l'héritage et la force de chaque marque. La direction s'engage à prendre cette décision "fondée sur des faits et des données" au cours des "deux prochains mois".
Gottfried Neumeister l'a clairement indiqué : si KTM se concentre sur sa consolidation, la décision concernant l'avenir des marques Husqvarna et GasGas n'est pas encore arrêtée
Le MotoGP, vitrine technologique et marketing
Le "Ready to Race" reste l'ADN de KTM, et le sport moto est au cœur de cette identité. La question du MotoGP est cruciale. L'engagement est maintenu, mais KTM attend les nouvelles réglementations pour 2027. Neumeister voit d'un bon œil l'arrivée de Liberty Media (propriétaire de la F1), espérant un dynamisme similaire à celui de la Formule 1.
"De Buenos Aires à Bangkok, notre visibilité vient des 21 courses MotoGP."
Rester en MotoGP doit avoir un sens pour le business plan global, pas seulement pour la valorisation de l'équipe. Un partenariat externe n'est pas exclu.
Objectif 2026 : Revenir en "hors-bord"
"Nous étions devenus un pétrolier. Il faut redevenir un hors-bord."
Le message est clair : KTM vise un retour à l'agilité, à la performance, et à la proximité avec sa clientèle, tout en restant fidèle à son héritage de compétition. La production est relancée, la stratégie est affinée, et l'avenir de KTM semble désormais s'éclaircir.
Source :
Entretien avec Gottfried Neumeister publié initialement sur Cycle World le 28 juillet 2025, par Adam Child
Communiqué de presse officiel KTM AG du 28 juillet 2025
Traduction intégrale et adaptation : Freenduro.com




