Bajaj Mobility (ex-Pierer) : 500 postes supprimés, l'Inde prend officiellement les commandes de KTM, Husqvarna, Gasgas , WP
La restructuration du groupe autrichien ne se fait pas sans douleur. Alors que le changement de nom entérine la prise de pouvoir de Bajaj, le groupe annonce une nouvelle vague de licenciements pour s'adapter à une année 2025 difficile. Une manœuvre qui confirme le glissement du centre de gravité industriel vers l'Inde.
La saignée continue : 500 postes supprimés
C'est l'information la plus dure du communiqué publié ce 13 janvier : le groupe lance un programme de "redimensionnement" mondial (appelé rightsizing). Concrètement, cela se traduit par la suppression d'environ 500 emplois. Contrairement aux ajustements précédents qui touchaient souvent la main-d'œuvre productive, cette coupe vise cette fois "principalement les cols blancs et le management intermédiaire". L'objectif est clair : réduire les coûts fixes et alléger la structure administrative face à la baisse d'activité.
Les chiffres sont parlants : en un an, l'effectif total du groupe a fondu, passant de 5 310 employés fin 2024 à 3 794 au 31 décembre 2025.
Pourquoi une telle cure d'austérité ?
Ces décisions drastiques sont la conséquence d'une année 2025 de transition brutale, destinée à éponger les excès post-Covid :
- Chiffre d'affaires en chute : Il s'établit à un peu plus d'1 milliard d'euros, soit une baisse de 46 %.
- Ventes motos : 209 704 unités vendues (-28 %).
- Arrêt du vélo : Le groupe quitte le secteur du vélo pour se concentrer sur la moto. La marque FELT Bicycles a été revendue fin 2025 à ses managers.
Mais l'hémorragie semble stoppée. Cette politique a permis d'atteindre l'objectif n°1 : vider les stocks. Le groupe a réussi à réduire son inventaire de plus de 100 000 motos (passant de ~248 000 à ~147 000 unités). De plus, le second semestre 2025 a montré un rebond des ventes (+60 % par rapport au premier semestre).
Pierer s'efface, Bajaj s'affiche
Comme nous l'évoquions dans notre précédent article sur la fin de l'ère Pierer, le changement de propriétaire est désormais visible sur la façade. L'entité se nomme officiellement Bajaj Mobility AG. Ce n'est pas qu'un changement cosmétique : c'est la confirmation que le géant indien Bajaj Auto est désormais le pilote unique du navire.
Cependant, le groupe tient à rassurer sur la continuité de son offre. Sous cette nouvelle bannière corporative, l'ADN des produits reste inchangé :
"En tant que constructeur européen de premier plan, le groupe Bajaj Mobility propose une large sélection de marques premium, incluant des marques de motos performantes telles que KTM, Husqvarna et GASGAS. Nous produisons également des composants haut de gamme sous la marque WP."
Vers la fin du modèle industriel autrichien ?
Ce redimensionnement des effectifs administratifs en Autriche fait écho à une analyse que nous partagions récemment : comment Bajaj impose sa loi après avoir sauvé KTM. La suppression des postes de cadres intermédiaires et de bureaux confirme que les centres de décision et de production glissent inéluctablement vers Pune.
Mattighofen conserve le prestige, le R&D et le marketing, mais la rationalisation imposée par Bajaj vise à transformer le groupe en une machine industrielle efficace, où les coûts européens n'ont plus leur place pour les volumes de masse.
Le nouvel organigramme : gestionnaires de crise et barons indiens
Pour redresser la barre, l'époque de la gestion "familiale" est révolue. Le nouvel organigramme mêle experts en restructuration et hauts dirigeants indiens.
Le directoire (la gestion de crise au quotidien)
Pour gérer les opérations, Bajaj a misé sur des profils "business" externes au monde de la moto :
- Gottfried Neumeister (CEO) : Confirmé jusqu'en 2028. Ancien partenaire de Niki Lauda dans l'aviation (flyniki) et dirigeant chez DO & CO, c'est un expert de la gestion d'entreprise. Sa mission : rationaliser et structurer.
- Petra Preining (CFO) : Une experte financière (ex-Unilever, Kraft Foods) chargée de tenir les comptes et gérer la dette.
Le conseil de surveillance (la stratégie indienne)
C'est ici que la prise de pouvoir est la plus flagrante. Les hommes de confiance de Pune entrent en force :
- Srinivasan Ravikumar (Président) : Vétéran de Bajaj Auto depuis 1984, c'est l'homme fort de la stratégie et du développement.
- Dinesh Thapar (Vice-Président) : L'actuel directeur financier de Bajaj Auto. Il veillera à ce que la rentabilité revienne aux standards du groupe indien.
- Pradeep Shrivastava : Le patron de l'ingénierie et des opérations chez Bajaj. Sa présence assure une connexion directe entre l'Autriche et la puissance industrielle indienne, validant le changement de modèle productif.
En résumé, 2026 s'annonce comme l'année de la reconstruction pour le groupe. Une reconstruction sous haute surveillance, avec une structure allégée et une direction pilotée stratégiquement depuis l'Inde. Rendez-vous le 29 janvier pour les résultats financiers définitifs.
Source : Communiqué officiel Bajaj Mobility AG.




