Sea to Sky : Kabakchiev pousse un coup de gueule après sa disqualification, l'organisation réplique

L'après Sea to Sky 2026 vire à la tempête réglementaire. Initialement pénalisé de dix minutes, Teodor Kabakchiev a finalement été disqualifié suite à la réclamation d'un concurrent. Face au violent coup de gueule du pilote officiel Sherco dénonçant une décision de bureau et des failles de sécurité, l'organisateur turc (Kemer Enduro Moto Club) est sorti du silence pour apporter sa version des faits et dégager sa responsabilité face au jury FIM.

Le dénouement de la septième manche du Championnat du monde FIM Hard Enduro (HEWC) ne s'est pas arrêté sur la ligne d'arrivée au sommet du mont Olympe pour cette Sea to Sky 2026. Alors que Manuel Lettenbichler y signait un triplé consécutif historique sur l'épreuve turque, les coulisses ont viré à la guerre ouverte. Deuxième sous le drapeau à damier puis rétrogradé au troisième rang samedi soir suite à une pénalité de dix minutes pour assistance extérieure, Teodor Kabakchiev a vu son résultat purement et simplement rayé de la feuille des temps : le Bulgare a été disqualifié sur tapis vert.

La version de Teodor Kabakchiev : le piège du fil barbelé et l'appel d'un pilote

Très marqué par cette issue, le pilote Sherco Factory a rapidement publié un long communiqué sur ses réseaux sociaux pour détailler l'incident survenu dans la portion extrême d'Alcatraz :

  • Un câble barbelé dans la roue : du fil de fer barbelé issu d'une clôture s'est enroulé autour de sa roue arrière en pleine montée.
  • Absence de commissaire : ne trouvant aucun marshal officiel sur place pour constater la situation, des spectateurs sont intervenus spontanément pour couper et extraire le fil métallique dangereux.
  • Aucune réparation mécanique : Kabakchiev insiste sur le fait que sa moto n'a reçu aucune assistance technique ni échange d'outil, et que seul l'objet étranger encombrant a été retiré.
  • Des vidéos à l'appui : le pilote bulgare souligne que les images captées par le public confirment qu'il n'a à aucun moment sollicité cette aide extérieure.

Après avoir rallié l'arrivée et signalé lui-même les faits, Kabakchiev s'était vu infliger dix minutes de pénalité par les commissaires, une sanction qu'il avait acceptée. Mais la donne a brutalement changé : un autre pilote a fait appel de cette sanction. Le jury a alors converti la pénalité de temps en disqualification pure et simple.

« Le barème des sanctions de notre règlement réserve la disqualification à l'aide expressément demandée par un pilote. Je n'ai jamais demandé l'aide des spectateurs, et rien ne prouve le contraire. Il y a une immense différence entre tirer un avantage déloyal et recevoir de l'aide pour retirer un corps étranger dangereux qui n'aurait jamais dû se trouver sur le tracé. Ceux qui sont responsables de la sécurité et de l'état de la piste devraient également rendre des comptes. Pénaliser le pilote est peut-être la décision la plus facile, mais ce n'est pas la plus juste. » — Teodor Kabakchiev

D'autant que l'affaire a un sérieux air de déjà-vu : lors de l'édition 2024 de la Sea to Sky, ce même fil de fer avait déjà piégé Billy Bolt dans la montée d'Alcatraz, le reléguant au quatrième rang de la Mountain Race. Un précédent notoire qui fragilise l'argument de l'impondérable et jette un froid sur la sécurisation réelle de ce passage délicat.

La mise au point de l'organisation : le Kemer Enduro Moto Club s'explique

Face à la vive réaction du pilote et aux accusations mettant en cause la sécurité du tracé, le Kemer Enduro Moto Club (organisateur de la Sea to Sky) a publié une réponse officielle détaillée pour clarifier la situation et se distancier des polémiques :

1. Le secteur d'Alcatraz Hill sur terrain privé

L'organisateur précise que le secteur d'Alcatraz Hill s'étend sur une centaine de mètres dans une zone agricole privée. Un accord conclu avec l'agriculteur local imposait de préserver les infrastructures et de maintenir les bêtes dans leur enclos. Pour réduire au maximum le risque de blessure des pilotes, la clôture en fil barbelé avait été couchée à plat sur le sol.

2. Balisage et écart de trajectoire

Selon l'organisation, le tracé empruntait un sentier pédestre préexistant, clairement délimité à l'aide de rubalise rouge attachée aux branches et aux rochers afin d'éviter que les motos ne s'approchent de la clôture. Au lieu exact de l'incident, la clôture se trouvait à environ 15 mètres du tracé balisé, toujours couchée à plat sur le sol.

3. Une décision exclusive du jury FIM

L'organisateur tient fermement à souligner qu'il n'a pris aucune part dans le verdict disciplinaire :

« Bien que l'organisateur ait été consulté et interrogé sur l'incident, le Kemer Moto Club n'a pas participé à la décision d'imposer la sanction. La disqualification a été prononcée de manière totalement indépendante par le directeur de course et le jury FIM, conformément à leurs prérogatives. En tant qu'organisateurs, nous comprenons parfaitement la frustration générée par cette décision, mais nous tenons à préciser qu'elle a été prise sans notre intervention. » — Direction de la Sea to Sky

4. Le rappel du règlement FIM sur l'aide extérieure

Pour justifier l'application stricte des textes par la direction de course, le club rappelle l'article 60.5.9 des règles FIM HEWC 2026, stipulant formellement que l'aide extérieure comprend également la réception d'outils, et que si les marshals peuvent aider à relever ou déplacer une moto en lieu sûr, toute intervention ou déblocage doit être effectué par le pilote seul. Le règlement particulier de l'épreuve rappelait en outre que sur les 60 kilomètres de la Mountain Race, des obstacles inattendus pouvaient surgir à tout moment.

Hard Enduro : un règlement qui tourne à la loterie ?

Cette disqualification change radicalement la physionomie de la fin de saison. En perdant le bénéfice de son podium en Turquie, Teodor Kabakchiev voit ses chances d'arracher la place de vice-champion du monde face à Mitch Brightmore presque anéanties avant même l'ultime confrontation.

« La bagarre pour la deuxième place du championnat aurait dû aller jusqu'au dernier round. Désormais, c'est pratiquement terminé. Cela s'est décidé dans une salle de réunion et non sur la montagne. Vous aussi, les fans, vous y perdez. » — Teodor Kabakchiev

L'ambiance s'annonce donc particulièrement électrique dans le paddock de la 24MX Hixpania Hard Enduro (Espagne, 23-25 octobre), où le dénouement sportif du championnat devra cohabiter avec les rancœurs d'une décision administrative qui n'a pas fini de faire jaser.

D'autant plus qu'il faut se souvenir que l'édition précédente de cette même épreuve espagnole avait, elle aussi, totalement dégénéré. En 2025, le chaos à l'Hixpania s'était soldé par une victoire de Graham Jarvis au terme d'une course rocambolesque, obligeant l'organisateur à communiquer officiellement pour éteindre l'incendie face aux critiques acerbes des pilotes.

Avec cet énième imbroglio en Turquie, on se rend compte une fois de plus que le règlement du Hard Enduro peine toujours à être parfaitement « carré » face aux réalités et aux imprévus de la discipline. Entre un flou réglementaire persistant, des appels stratégiques entre concurrents et des sanctions capitales décidées dans des bureaux climatisés, le championnat du monde tourne encore trop régulièrement à la loterie et à la foire d'empoigne. Une situation frustrante qui ne grandit ni le sport, ni ses pilotes.

En caméra embarquée (POV) avec Teodor Kabakchiev sur la Forest Race

Pour vous faire une idée du rythme impressionnant du pilote bulgare avant que son week-end ne vire au cauchemar réglementaire, voici sa caméra embarquée lors de sa victoire sur la Forest Race disputée le vendredi :

 

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