Pilotes Hixpania hard enduro

Hixpania 2025 : l'organisateur répond à la grogne des tops pilotes

La polémique de l'Hixpania Hard Enduro 2025 continue de faire couler de l'encre. Après le chaos de dimanche, où une protestation des pilotes de tête a offert la victoire à Graham Jarvis, l'organisation a publié son communiqué officiel pour donner sa version des faits. Une communication qui se veut apaisante mais qui, mise en perspective avec les déclarations des pilotes, révèle des points de friction majeurs. Freenduro décrypte pour vous ce dialogue de sourds où s'opposent timing, sécurité et vision du sport.

Le week-end dernier, la finale du 24MX Hixpania Hard Enduro a viré au chaos sportif. Un boycott de la dernière section par les favoris, une confusion totale à l'arrivée et un vainqueur surprise (Graham Jarvis) qui n'en demandait pas tant. Face à la montée des critiques et aux interrogations, l'organisation a pris la parole pour clarifier sa position.

Dans son communiqué, elle défend sa gestion de la crise, insistant sur le timing tardif de la plainte des pilotes, le respect du spectacle dû aux spectateurs et les efforts consentis pour la sécurité. Mais cette version résiste-t-elle à l'analyse quand on la confronte à la parole, unanime, des principaux acteurs ? Plongeons au cœur de la controverse.

Le Communiqué Officiel du 24MX Hixpania Hard Enduro (Traduction Freenduro)

Avant d'analyser, voici l'intégralité de la déclaration de l'organisation, qui permet de comprendre leur point de vue.

Le 24MX Hixpania Hard Enduro souhaite vous informer de ce qui s'est passé durant la course  principale dimanche dernier :

Vers 11h45, quinze minutes avant le départ, plusieurs pilotes se sont rassemblés sur l'une des sections initiales et ont exprimé leur refus de parcourir une grande partie du tracé final de Hixpania Hill. Ils se sont ensuite approchés de l'organisateur pour exiger des modifications du parcours.

À ce moment-là, à seulement 15 minutes du départ, il était matériellement impossible de mettre en œuvre les changements demandés. Il convient de rappeler que l'intégralité du parcours avait été inspectée par les pilotes le vendredi 19, sans qu'aucun problème ne soit signalé à l'organisation. Néanmoins, nous leur avons indiqué que nous effectuerions certains de ces changements en fonction de leurs préoccupations en matière de sécurité.

De même, l'organisation n'a pas accepté une autre série de modifications du tracé, car nous estimons que la partie finale de l'Hixpania est une section d'un niveau technique plus élevé où des erreurs peuvent être commises, des dépassements peuvent avoir lieu... et ainsi le suspense est maintenu jusqu'au tout dernier moment sur la ligne d'arrivée. C'est ce que nous pensons que le public de Hixpania Hill attend, et c'est pourquoi nous n'avons pas accédé à toutes les modifications demandées. Nous soulignons que les changements demandés « pour des raisons de sécurité » ont bien été effectués, même pendant le déroulement de la course.

Malgré cela, certains des pilotes de tête ont décidé d'organiser une protestation et de sauter volontairement — bien qu'elle soit correctement balisée, signalée et indiquée par un commissaire — une partie du parcours final. Le fait de sauter une partie du tracé a eu pour conséquence que l'ordre d'arrivée sur la ligne d'arrivée ne correspondait pas au classement final. Par conséquent, seuls les deux pilotes ayant parcouru 100 % du parcours (Graham Jarvis P1 et Sony Goggia P2) ont été pris en compte. Le reste du classement a été établi en fonction du point de contrôle précédent. Ces résultats ont été approuvés et officialisés après la réunion du jury de la FIM.

Nous regrettons profondément que, s'il y avait un désaccord avec le tracé, celui-ci n'ait pas été communiqué à l'avance, car pour nous, écouter les avis et critères professionnels des pilotes est toujours enrichissant. Néanmoins, nous insistons sur le fait que tous les pilotes ont eu l'occasion de l'examiner le vendredi, et que chaque section avait été préalablement validée à moto par nos directeurs de piste pour en assurer la faisabilité.

Au 24MX Hixpania Hard Enduro, nous comprenons et respectons le droit des pilotes d'exprimer leurs revendications, ainsi que de choisir Hixpania comme scène pour le faire s'ils considèrent que cela contribue à l'évolution du sport. Cependant, nous refusons que cette protestation nuise à nos spectateurs, à qui nous devons le plus grand respect, car ils sont les véritables protagonistes et l'âme de toute compétition, et ils méritent de profiter du meilleur spectacle possible.

Enfin, nous tenons à saluer les efforts de l'équipe d'organisation, du personnel, des directeurs de piste, des directeurs de course, des commissaires et des bénévoles, qui travaillent ensemble pour offrir un événement de la plus haute qualité. Nous réaffirmons notre engagement à continuer de nous améliorer afin que l'année prochaine, pour notre 10e anniversaire, nous puissions offrir le meilleur spectacle que nous ayons jamais produit.

24MX Hixpania Hard Endur

Analyse : Les points de friction entre organisateurs et pilotes

1. Le Timing : une plainte de dernière minute ?

Version organisateur : Le communiqué insiste lourdement sur le fait que les pilotes se sont manifestés "quinze minutes avant le départ", rendant les changements "matériellement impossibles". Cela dépeint les pilotes comme ayant agi de manière impulsive et tardive.

Version pilotes : Mani Lettenbichler contredit cette chronologie :

« Concernant la dernière section, nous avions dit vouloir modifier le tracé avant la course, mais les organisateurs n’ont pas voulu nous écouter. [...] Je pense qu’il a finalement changé quelque chose, mais c’était trop tard. »

Cette phrase suggère que les discussions ont eu lieu bien en amont, mais que le refus ou l'inaction de l'organisateur a fait traîner les choses jusqu'au point de non-retour, juste avant le départ.

2. La reconnaissance du tracé : un point crucial de désaccord

Version organisateur : C'est l'argument massue de l'organisation : "l'intégralité du parcours avait été inspectée par les pilotes le vendredi 19, sans qu'aucun problème ne soit signalé". Cela sous-entend que les pilotes ont validé le parcours puis ont changé d'avis.

Version pilotes : Billy Bolt apporte ici un témoignage capital qui fragilise fortement la défense de l'organisation :

« Ce matin, en arrivant à la côte, il y avait une montée supplémentaire que personne n’avait encore franchie et qui était assez dangereuse. »

Si une section a effectivement été ajoutée ou modifiée entre la reconnaissance du vendredi et la course du dimanche, l'argument de l'organisateur tombe à l'eau et la plainte des pilotes devient entièrement légitime.

3. La sécurité face au spectacle

Version organisateur : L'organisation admet avoir refusé certains changements pour préserver le spectacle et le "suspense" pour les spectateurs payants. Elle affirme avoir tout de même réalisé les modifications "pour des raisons de sécurité", même pendant la course.

Version pilotes : Les pilotes estiment que la balance a penché du mauvais côté.

Pour Billy Bolt, « après deux heures de course, nous n’avons plus besoin de prendre autant de risques. » Mani Lettenbichler va plus loin, craignant que le sport ne prenne "la mauvaise direction" si l'on privilégie le fait de "pousser les motos" pour le show télévisé plutôt que de "piloter une moto".

Le jeune pilote Mitch Brightmore, actuellement troisième au championnat du monde, a déclaré :

« Nous nous sommes concertés et nous étions tous d'accord pour dire que c'en était trop et que nous ne voulons tout simplement pas que quelqu'un meure un jour dans l'une de ces sections ! »

Cette divergence est fondamentale : où placer le curseur entre la difficulté extrême, le spectacle et la sécurité des athlètes ?

Un tournant pour hard-enduro ?

Ce clash des versions met en lumière une rupture de communication évidente. D'un côté, une organisation qui se sent prise en otage à la dernière minute et qui défend la primauté du spectacle. De l'autre, des pilotes qui se sentent ignorés, mis en danger par des changements de dernière minute et forcés à une action radicale pour se faire entendre.

Le témoignage de Billy Bolt sur la "montée supplémentaire" semble être la clé de voûte de cette affaire. S'il est avéré, il justifie pleinement la réaction des pilotes et met l'organisation dans une position délicate.

Au-delà du chaos et du résultat anecdotique qui a fait le bonheur de Graham Jarvis (« Peu importe, j’ai gagné [rires] »), cet événement pourrait marquer un tournant. Il a prouvé que l'union des pilotes pouvait avoir un poids considérable. Comme le dit Billy Bolt, « le fait que tous les pilotes soient restés soudés est une avancée positive sur laquelle nous pouvons, espérons-le, bâtir. » L'organisateur, lui, promet de "continuer de s'améliorer" pour son 10ᵉ anniversaire. Espérons que cette amélioration passe avant tout par une meilleure écoute et un plus grand respect mutuel.

On vous repartage ici cette vidéo clé. Elle montre l'arrivée de Billy Bolt et Mani Lettenbichler (à partir de 35ᵉ minute), qui décident de stopper leur duel, bientôt rejoints par Mario Roma. Ceci avant qu'ils décident, par respect pour les spectateurs, d'affronter cette partie finale, mais sans se battre pour la victoire.

 

Le point de vue Freenduro  : Le spectacle à tout prix, un danger pour le hard Enduro ?

Il est important de souligner que cet incident ne remet pas en cause la qualité globale de la Hixpania Hard Enduro, qui reste une épreuve majeure et appréciée du championnat. Cependant, le chaos de cette édition 2025 est symptomatique d'une tendance plus large, d'une sorte de fuite en avant de certains organisateurs de Hard Enduro.


Dans cette quête incessante du spectaculaire, pour satisfaire un public et les réseaux sociaux toujours plus avides de sensations fortes, la limite du raisonnable est souvent franchie. Cette course à l'extrême, pour rendre les épreuves de plus en plus difficiles, voire impossibles, conduit inévitablement à des impasses comme celle de dimanche. Un point de rupture, où, les pilotes sentent que leur sécurité n'est plus la priorité et sont contraints de dire stop.

Les pilotes, principaux acteurs, mais derniers consultés

Cette dérive spectaculaire met non seulement en danger la vie des pilotes, mais elle les éloigne de plus en plus de l'esprit même de l'enduro. À force de vouloir créer des obstacles infranchissables pour le show, on ne distingue presque plus la frontière entre une course de hard enduro et une épreuve de trial pur et dur. En transformant les finales en "jeux du cirque", où l'on pousse davantage sa moto qu'on ne la pilote, on perd l'essence d'une discipline (l'enduro en général et le hard enduro en particulier)  qui doit rester avant tout une course de motos.

Si l'on se souviendra longtemps de cette édition, ce n'est peut-être pas seulement pour son résultat chaotique, mais parce qu'elle symbolise le moment où les athlètes ont collectivement tracé une ligne rouge. Un acte fort pour que le Hard Enduro reste un défi sportif extrême, et non un spectacle où la sécurité et l'esprit de la course sont sacrifiés sur l'autel de l'audimat.

 

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