C’est un véritable séisme qui vient de secouer la planète Hard Enduro à quelques mois de l'ouverture de la saison 2026. Selon un communiqué explosif relayé par nos confrères d'Enduro21, l’association des pilotes (WERA) a décidé à l’unanimité de ne participer qu’à une partie réduite du championnat. En cause : un calendrier jugé irréaliste financièrement et sportivement.
La fronde est lancée. Alors que la FIM et le promoteur ProTouchGlobal avaient officialisé un calendrier ambitieux de 9 épreuves pour 2026, les pilotes ont décidé de dire "Stop". Réunis sous la bannière de la WERA (World Enduro Riders Association), l'élite mondiale a annoncé qu'elle ne s'alignerait que sur 6 épreuves maximum.
Un front uni derrière Alfredo Gomez et les stars de la discipline
C'est un fait historique : pour la première fois, ce ne sont pas les usines qui montent au créneau, mais bien les pilotes eux-mêmes. Le mouvement est suivi par l'intégralité du plateau pro. On retrouve en tête de ligne le président de l'association, Alfredo Gomez, mais aussi les ténors du championnat comme Manuel Lettenbichler, Billy Bolt ou encore Mario Roman et d'autres. L'Espagnol et ses rivaux font front commun pour dénoncer une situation devenue intenable pour les organismes et surtout pour les portefeuilles.
"Protéger la pérennité de notre sport"
Ce boycott n'est pas une décision prise à la légère, mais le résultat d'une rupture de dialogue. Alfredo Gomez, président de la WERA (l'organisation des pilotes de hard enduro), explique dans les colonnes d'Enduro21 que la main a été tendue à plusieurs reprises, sans succès :
« La WERA s'est toujours engagée à favoriser un environnement collaboratif pour la croissance du hard enduro. Nous avons exprimé nos préoccupations à plusieurs reprises avant l'annonce du calendrier 2026 et sommes restés ouverts à travailler avec le promoteur pour créer une saison équilibrée. Malheureusement, nos commentaires n'ont pas été pris en compte de manière adéquate, nous obligeant à prendre cette mesure pour protéger la pérennité du sport. » — Alfredo Gomez
Pour mémoire, voici le calendrier officiel du championnat du monde hard enduro 2026
- 🇫🇷 Round 1 : 24MX Alestrem Alès, France (Ouverture de saison) 17 - 19 Avril 2026
- 🇵🇹 Round 2 : Extreme Lagares Portugal (Le grand retour) 1 - 3 Mai 2026
- 🇺🇸 Round 3 : Silver Kings Idaho, USA 18 - 20 Juin 2026
- 🇮🇹Round 4 : Abestone Rodeo Miravalle Italie 10 - 12 Juillet 2026
- 🇸🇪 Round 5 : Forza Orza Suède (Inédit) 20 - 22 Août 2026
- 🇮🇹Round 6 : Wild Woods Extreme Gênes, Italie 11 - 13 Septembre 2026
- 🇱🇸Round 7 : Roof of Africa * Lesotho 23 - 26 Septembre 2026 (*À confirmer)
- 🇹🇷Round 8 : Sea to Sky Kemer, Turquie 8 - 10 Octobre 2026
- 🇪🇸Round 9 : 24MX Hixpania Aguilar de Campoo, Espagne (Finale) 23 - 25 Octobre 2026
Lors de dicussion préliminaire fin 2025 , La WERA avait recommandé au promoteur de ne pas prévoir plus de 6 manches HEWC, car les professionnels et les équipes ont également des engagements dans des événements non HEWC tels que le Red Bull Erzbergrodeo et les Red Bull Romaniacs. Cette structure « 6+2 » tient compte des défis actuels du secteur de la moto, notamment la réduction des budgets des équipes et des constructeurs. Les coûts logistiques restent prohibitifs pour les pilotes amateurs qui constituent l'épine dorsale du Hard Enduro. Ces problèmes se sont déjà aggravés au cours de la saison 2025 en raison des courses organisées sur plusieurs continents (y compris en Afrique et aux États-Unis), ce qui a pesé lourdement sur les ressources et le nombre de participants.
Un jour après l'annonce du calendrier HEWC comprenant neuf courses à la mi-décembre 2025, la WERA a immédiatement contacté Whitehead. Cependant, l'appel n'a reçu de réponse qu'à la mi-janvier 2026, soit un mois plus tard. Malgré une communication claire sur les raisons de la limitation du calendrier, le promoteur a maintenu le calendrier élargi. À ce jour, ProTouchGlobal n'a donné aucune réponse concernant un éventuel soutien financier, de sorte que les pilotes et les équipes supportent seuls tles charges financières (les amateurs tout particulièrement).
La "blacklist" : les 4 courses visées
Le message est passé, mais les actes suivent. Quatre épreuves sont directement placées sur la sellette par la WERA, les pilotes refusant de s'y rendre si les conditions ne changent pas :
- XL Lagares (Portugal) : Jugée trop complexe logistiquement avec un prologue trop éloigné du site de course.
- Roof of Africa (Lesotho) : Une destination mythique mais devenue un gouffre financier pour les teams, sans compter les critiques sur l'organisation des dernières éditions.
- Sea to Sky (Turquie) : Des frais d'engagement et de déplacement trop élevés, couplés à un mauvais timing dans le calendrier.
- Forza Orza (Suède) : C'est le point de rupture sportif. La FIM a programmé cette manche en même temps que la Tennessee Knock Out (TKO) aux USA (fin août). Or, la TKO est une épreuve vitale pour les sponsors et les primes des pilotes. Les stars ont été claires : impossible de choisir la Suède si la date n'est pas modifiée.
L’analyse Freenduro : la chronique d'un naufrage annoncé ?
Ce boycott n'est pas un caprice de stars, c'est l'aboutissement d'une crise structurelle que nous dénonçons sur Freenduro depuis des mois. La crédibilité du championnat ne tenait déjà plus qu'à un fil.
1. Un championnat du monde "coquille vide" ?
Soyons sérieux deux minutes. Quelle est la valeur d'un titre de "Champion du Monde hard enduro" quand les deux épreuves les plus légendaires de la planète, comme la Red Bull Romanaics et l'Erzberg Rodéo ne sont même plus au calendrier ? Nous l'avions souligné l'an dernier : le championnat avait déjà perdu une partie de sa légitimité sportive lorsque l'Erzbergrodeo et la Romaniacs ont décidé de faire bande à part.
Aujourd'hui, l'hémorragie continue. Après avoir perdu ses courses phares, le championnat est sur le point de perdre ses pilotes. Sans l'Erzberg, sans la Romaniacs, et demain sans Billy Bolt ou Mani Lettenbichler et d'autres , le label FIM n'aura pas plus de valeur qu'un championnat de quartier.
2. L'héritage du retrait autrichien
Il faut être lucide : le championnat paye le prix fort du désengagement de l'empire autrichien (le groupe KTM/Red Bull via le WESS ) dans l'organisation. Suite à leurs propres turbulences financières, ils ont laissé la place. Le nouveau promoteur, ProTouchGlobal, a récupéré les commandes dans un contexte difficile, mais sans les moyens colossaux de l'ère WESS. Résultat ? Le robinet est coupé. On demande maintenant aux pilotes de financer un spectacle mondial avec des budgets en chute libre.
3. Hixpania 2025 : l'étincelle finale
Si les pilotes tapent du poing sur la table aujourd'hui, c'est parce que, pour eux, la coupe est pleine. Le souvenir de la farce tragi-comique de l'Hixpania 2025 est encore frais. Comme nous le rapportions alors (lire notre article : Après le chaos de l'Hixpania, les pilotes s'unissent), cette course avait tourné au fiasco organisationnel. C'est cet événement précis qui a poussé les pilotes à se fédérer pour ne plus subir l'amateurisme.
4. Les "privés", victimes collatérales
Si un top pilote trouve les coûts logistiques aberrants, imaginez l'enfer pour les pilotes privés ! Le Hard Enduro vit grâce à cette masse de passionnés. En imposant des déplacements au Lesotho ou en Turquie sans aide financière, on les saigne à blanc. La majorité perd de l'argent pour venir rouler. En voulant internationaliser à marche forcée sans budget, le championnat est tout simplement en train de tuer sa propre base.
En résumé, c'est une révolte salutaire. La balle est désormais dans le camp du promoteur : revoir sa copie ou organiser un Championnat du Monde fantôme.




