Révolution : L'Erzberg et la Romaniacs lancent leur propre "Classement Mondial" (HEWR) avec 100 000 $ de primes
C'est la réponse du berger à la bergère. Alors que le Hard Enduro est en pleine crise politique entre le promoteur du Mondial et les pilotes, les deux géants de la discipline sortent du bois pour imposer leurs règles. Karl Katoch (Red Bull Erzbergrodeo) et Martin Freinademetz (Red Bull Romaniacs) annoncent le lancement dès ce 1er février du "Hard Enduro World Ranking" (HEWR). Un système de classement mondial universel, totalement indépendant de la FIM et doté de 100 000 $ de primes. Une véritable "Super-Ligue" qui ne dit pas son nom.
Le timing est chirurgical. 24 heures seulement après que le promoteur du championnat (HEP) a tenté de minimiser la révolte des pilotes, les patrons des deux plus grandes courses du monde de hard enduro (Romaniacs et Erzbergrodeo) sifflent la fin de la récréation. Leur réponse n'est pas un simple communiqué, mais une action concrète : la création d'un outil pour unifier tout le monde, basé sur la performance pure et ouvert à toutes les courses, qu'elles soient labellisées FIM ou non.
Le modèle ATP : 500 pilotes classés par course !
Le principe est simple et redoutablement efficace. Inspiré des classements ATP (Tennis), le HEWR permet aux pilotes de marquer des points sur n'importe quelle course labellisée à travers le monde. Plus besoin de suivre un championnat unique : chaque performance compte.
Les événements seront classés en 4 catégories. Une subtilité importante apparaît dans le règlement officiel : pour éviter la "course aux points" sur des petits événements, seuls les 8 meilleurs résultats compteront pour les catégories intermédiaires.
- Supreme (ex: Erzberg, Romaniacs...) : 2000 points au vainqueur. (Tous les résultats comptent)
- Premium : 1200 points. (Max 8 résultats retenus)
- Master : 500 points. (Max 8 résultats retenus)
- Challenger : 250 points. (Max 8 résultats retenus)
Détail d'importance révélé aujourd'hui : le système vise large. Jusqu'à 500 pilotes pourront marquer des points sur chaque épreuve. Le classement sera mis à jour automatiquement après chaque course sur le site officiel.
À partir du 1er février 2026, les inscriptions seront ouvertes sur enduroworldranking.com, permettant aux organisateurs d'enduro extrême du monde entier de demander leur label. L'inscription est ouverte à tous les événements déclarés comme Hard Enduro, indépendamment de toute affiliation à une fédération.
100 000 $ financés par les "Géants"
Pour crédibiliser le système, il faut de l'argent. Le HEWR annonce d'entrée la couleur : un fond de 100 000 USD sera distribué aux 10 meilleurs pilotes du classement mondial (paiement prévu le 1er février 2027).
Le modèle économique est solidaire : l'inscription au ranking est gratuite pour les organisateurs de courses "Premium", "Master" et "Challenger" (frais couverts par Erzberg et Romaniacs pour 2026). En revanche, les épreuves "Supreme" (donc l'Erzberg et la Romaniacs) devront s'acquitter d'un droit d'entrée de 25 000 $.
En clair : les deux monstres du Hard Enduro payent de leur poche pour financer le système et le prize money des pilotes.
Le classement de "Pré-Saison" : le pre-ranking
Pour lancer la machine dès 2026, le HEWR a établi un "Pre-Season World Ranking" basé sur les résultats représentatifs précédents (dont l'Erzberg et la Romaniacs). Et c'est là que la différence de philosophie saute aux yeux.
En comparant le Top 10 officiel de la FIM 2025 avec ce nouveau classement, on réalise que le titre mondial officiel occultait une partie de la réalité : l'absence de certains cadors dans le classement final, comme les stars Nord-Américaines Trystan Hart et Cody Webb, ou la légende Graham Jarvis.
CLASSEMENT FINAL FIM 2025
(Basé uniquement sur le calendrier officiel)
- Manuel Lettenbichler (198 pts)
- Billy Bolt (153 pts)
- Mitchell Brightmore (142 pts)
- Mario Roman (131 pts)
- Wade Young (97 pts)
- Matthew Green (93 pts)
- James Moore (91 pts)
- Alfredo Gomez (87 pts)
- Teodor Kabakchiev (77 pts)
- Thomas Scales (65 pts)
PRE RANKING HEWR
(Intègre TOUTES les courses majeures)
- Manuel Lettenbichler (=)
- Billy Bolt (=)
- Trystan Hart (CAN) ▲
- Mario Roman
- Mitch Brightmore ▼
- Cody Webb (USA) ▲
- Graham Jarvis (UK) ▲
- Will Riordan (AUS) ▲
- Teodor Kabakchiev
- Wade Young ▼
Le constat est cruel pour le championnat sortant : Trystan Hart (Canada), pourtant incontournable sur la scène mondiale, n'existait pas aux yeux de la FIM. Le HEWR le réintègre directement à la 3ᵉ place mondiale. Même constat pour Cody Webb (6ᵉ) ou Will Riordan (8ᵉ) qui éjectent du Top 10 des pilotes comme Matthew Green ou Alfredo Gomez. Ce nouveau classement semble enfin refléter la véritable hiérarchie mondiale, sans barrière de frontières.
Une gouvernance qui intègre officiellement la WERA
C'est le détail politique qui tue. Alors que le promoteur du Mondial et les représentants des pilotes se tirent dessus à boulets rouges depuis quelques jours, ce nouveau système prend le contre-pied. Il ne sera pas géré par une instance obscure, mais par un groupe de travail élu annuellement. Et devinez qui aura le droit de vote ?
- Les représentants de la WERA (le syndicat des pilotes).
- Le Top 100 des pilotes classés.
- Les organisateurs enregistrés.
- Les partenaires de l'industrie (ayant investi au minimum 50 000 $).
L'Analyse Freenduro : Échec et Mat pour le Championnat FIM ?
Cette annonce arrive à un moment critique et ressemble à une prise de pouvoir des "historiques" contre le "système institutionnel".
1. La fin du monopole FIM
Jusqu'à présent, pour être "Champion du Monde", il fallait suivre le calendrier imposé par le promoteur. Avec le HEWR, un pilote pourra devenir Numéro 1 Mondial en choisissant ses courses à la carte (Erzberg, Romaniacs, TKO, Roof of Africa...), sans être forcé d'aller sur des épreuves lointaines ou coûteuses imposées par un championnat. C'est la liberté totale que réclamaient les pilotes.
2. La validation du "6+2" par la force
En créant la catégorie "Supreme" à 2000 points, l'Erzberg et la Romaniacs actent qu'elles sont au-dessus de la mêlée. Si un pilote gagne ces deux courses, il aura 4000 points. Il sera mathématiquement très difficile de le battre pour un pilote qui ne ferait "que" le championnat FIM classique. De fait, les stars seront obligées de faire les courses majeures, et le titre officiel FIM risque de devenir honorifique, voire secondaire.
3. Une bouée de sauvetage pour la WERA
Alors que le promoteur HEP tentait d'isoler le syndicat des pilotes ce matin en affirmant qu'ils ne représentaient personne, l'arrivée du HEWR change tout. La WERA est officiellement intégrée dans la gouvernance de ce nouveau système. C'est une légitimation immense pour les pilotes frondeurs : les patrons de l'Erzberg et de la Romaniacs leur disent, en substance : "Nous, on vous écoute et on bosse avec vous".
4. L'ombre de Red Bull plane sur le système
Impossible de ne pas voir la connexion évidente : les deux courses fondatrices portent le nom de Red Bull. La marque autrichienne, véritable poumon médiatique de la discipline, semble avoir choisi son camp. Ce système "à la carte", focalisé sur l'événementiel et les superstars, correspond parfaitement à l'ADN de Red Bull Media House. En s'affranchissant des lourdeurs fédérales, les organisateurs soutenus par le taureau rouge créent un écosystème où le spectacle (et les retombées images) redevient roi.
Le message est clair : le Hard Enduro est plus grand qu'un simple championnat. Il a désormais son propre classement mondial, géré par ses acteurs historiques et ses pilotes.




