Romain Duchène : ma Romaniacs 2016

Romain Duchene Red Bull Romanicas 2016 1

Pour sa seconde participation à la Red Bull Romaniacs Romain Duchène avait choisit cette année de rester en catégorie Silver (catégorie juste en dessous des pro) pour tenter de faire mieux qu'en 2015 (ou il terminait 32éme).

Les aléas de la course ne vont pas permettre a Romain de faire mieux car cette année il devra jeter l'éponge lors l'ultime journée. Mais avant d'en arriver là, laissons lui la parole pour nous expliquer cette semaine mouvementée du coté de Sibiu en  Roumanie

Enfin de retour du périple roumain, il est temps pour moi de vous raconter mon périple 2016 sur cette course hors norme.

Après  2 jours de camion à travers l'Europe j'arrive enfin dimanche soir à Sibiu au cœur des Carpates en compagnie de mes parents. Nous prenons quelque heures de repos un des hôtels privatisés par l'organisation et attaque ensuite les premiers contrôles administratifs.
Lundi, je finis l'ensemble des contrôles (administratif et technique) et je mets ma moto au parc fermé pour pourvoir aller repérer (à pied - alors que les  pilotes pro le repèrent à moto) le prologue du mardi. J'en ai profité pour rejoindre Arnaud Chincholle, qui assurera les reportages pour Freenduro et me suivra toute la semaine.

Mardi: le prologue dans les rues de Sibiu

Comme chaque année le prologue est composé obstacles artificiel et tracé dans la rue principale de Sibiu. Moins technique que l'an dernier, il s'avère plus rapide avec beaucoup de portions ou il faudrait faire l'équilibriste et où il y a du temps a perdre si on ne s’appelle pas Jarvis ou Walker!
Le principe est simple, un chrono le matin qui qualifiera les 35 premiers pour une finale de 10min le soir. Le classement de la finale déterminera l'ordre du départ du lendemain. Le premier partira à 0, le second avec 1min de handicap, le troisième 2min etc... du 36ème au dernier il y a un temps de 15min de handicap.  Comme en 2015 je suis en catégorie Silver et je sais que dans cette catégorie le niveaux des pilotes sera homogène donc il ne faudra pas s'endormir.

Romain duchène freenduro romaniacs 2016

Mon chrono va se passer correctement, je passe les obstacles sans me bloquer mais, et oui il y un mais ... une petite faute de roue avant va me couter cher. Dans une triple marche en montée (une sorte de gros escalier en bois) je vais perdre ma roue avant et elle va se bloquer sous les rambardes. Je ne pensais pas avoir perdu beaucoup de temps dans le feu de l'action mais en fait je prend cher et c'est une trentaine de seconde que j'y laisse, me reléguant alors à la 40ème place... Je suis frustré car je me sentais à l'aise sur ces obstacles, mais bon, rien n'est perdu car la course est encore longue !

 Voici ma vidéo en caméra embarquée de ce prologue

Mercredi : première journée sous le cagnard !

Lors du briefing les organisateurs nous ont promis du lourd, la météo aussi a prévue du lourd avec près de 42 degré au soleil! Le début de course annonce la couleur quelques minutes après le départ, avec une première descente où je passerais 10min à coté de la moto. Je sent déjà que la journée va être longue,  car je sent que j'ai du mal  à me mettre dans le rythme car je subis avec cette chaleur accablante.

Nous avons droit pour cette première journée à de nombreuses montées très longues, avec beaucoup de dénivelé. La chaleur est étouffante dans les bois et je prend quelques coups de chaleur. Obligé d'enlever le casque, et même de me rafraichir dans une rivière pour essayer retrouver mes esprits... Je termine cette première journée mais pas vraiment aux avant-postes ...Par contre je n'ai pas perdu pas de place au général et je me dit que c'est déjà positif après cette journée en enfer.

duchene romaniacs j2 

Jeudi : journée annoncée soft, oui mais ... non

Les organisateurs nous annoncent la journée du jeudi comme la plus "soft" de cette Romaniacs 2016. Règle n°1 : ne jamais croire le Roumain !

La première partie est assez rapide mais le terrain est très cassant et je vais aller à la faute en faisant un jolie salto par dessus le guidon dans une descente. La machine est froissée, le pilote aussi, mais bon ça va quand même et je continu ! Nous allons prendre de la hauteur, direction les stations de ski, le dénivelé est impressionnant, les points de vue aussi. La deuxième partie de la journée ne va pas être une balade. Des kilomètres de descente et des remontés de rivières, des longues montées dans les bois et le thermomètre qui continue lui aussi à grimper. Malgré ma chute je faisais une belle journée puisque j'étais remonté à la 21ème place, mais physiquement je vais craquer à 1h30 de la fin.

duchene romanicas 2016 5

J'ai encore aujourd’hui beaucoup souffert de la chaleur à partir de la mi-journée et fini cette journée sur les rotules en perdant le bénéfice de mes efforts du matin. 33ème du jour c'est mieux mais après 2 jours de course je suis déjà bien entamé physiquement.

Vendredi : le coup dur

Vendredi matin avec les pluies de la nuit, il fait beaucoup moins chaud et ça me donne un coup de boost pour attaquer cette 3ème journée.
Le tracé par contre lui est bien toxique! Première descente : 15min à coté de la moto ! La deuxième: une descente de rivière dans les rochers, les marches, les troncs ! La troisième descente ... juste pour vous donner une idée, l'organisation l'a nommée "PLEASE NO RAIN"... 1000 mètres de dénivelé, le vide, des marches, des rochers, impressionnante, longue, j'y passerais 30 min a coté de ma moto !

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C'est dur physiquement mais je m'accroche, je suis motivé car aujourd'hui je me sent bien et je me sent en capacité de remonter au classement. Mais comme en Roumanie rien n'est jamais acquit, mes efforts s'envoleront à mi-course dans une longue montée. Ma moto sent le brulé et mon embrayage commence a patiner. Jusque là pas trop d'inquiétude (en fait j'aurais du m’inquiéter un peu plus ...), cette montée est vraiment rude, on y sollicite beaucoup l'embrayage notamment lors de nombreux pivots pour changer de direction. Mais ce qui devait arriver arriva et c'est mon embrayage qui va rendre l’âme quasiment en haut de cette foutue montée . Ma journée s'arrête là, mon mental lui est comme mon embrayage : bien entamé !

45 minutes pour redescendre et rejoindre mon assistance pour évaluer les dégâts et voir si on peut réparer. En fait une pierre a percée mon carter d'embrayage et l'huile s'est vidée sans que je m'en rende compte. Tout le système d'embrayage a littéralement fondu, il y a de sacré dégâts et ça risque de compromettre la suite de la course !
Ce ne serait que les disques à changer pas de problème on a ça en stock, mais là il me faut un embrayage complet. Après quelques heures de recherche, Seb le mécano de Walker nous déniche le précieux sésame ! Il nous trouve un dealer Allemand qui accepte de nous vendre et démonter un embrayage complet sur un moteur neuf qu'il avait en stock. Mes parents et Arnaud, avec le soutien d'un team russe passeront une bonne partie de la soirée à remettre en état mon embrayage sous un déluge.

reparation embrayage ktm

Grâce à eux je serais au départ de la dernière journée. Je viens donc d’utiliser mon joker et je n'ai plus droit à l'erreur car nous avons droit à un abandon ou un hors temps.

Samedi: si prêt du but ...

Il a plu toute la nuit et je m'élance en dernière position. Le terrain est bien dégradé, glissant comme jamais et je dois me défaire des autres pilotes plantés un peu partout. Je remonte bien sur la première partie de journée. La deuxième partie ne sera pas la même musique.

De nombreuses montées nous attendes et celles-ci sont dans un état pitoyables lors de mon passage. Je galère vraiment à joindre le sommet, impossible de tirer les bords, les ornières sont profondes jusqu'au cadre, des racines et dalles de pierre partout. J'avance tout de même mais perds beaucoup de temps.

Mais comme de nombreux pilotes abandonnent cela me motive à m'accrocher et à avancer pour rejoindre l'arrivée.

Dans une des dernières montées avant de plonger vers la plaine et la ligne d''arrivée, je vais être pris au piège des montagnes Roumaines. Ça ne passe vraiment plus, après les passage des pilotes Golds et Silvers (partis devant moi) cette montée est complétement ravagée et en plus il n'y a qu'une seule trace . On ne peut pas s'écarter de la trace  pour chercher une partie vierge car on est sur une crête avec le vide est de chaque coté... J'ai beau tout donner, s’entraider avec une autre pilote,  çà ne passe pas. Pire, à force d'insister, je vais cramer toute mon essence et perdre tout espoir de finir cette Romaniacs au fond de ce maudit bois. Ma Romaniacs s'arrête donc là, stoppé en plein vol. La pilule est dure à avaler !
Plus d'eau, plus d'essence, plus rien à manger, et cerise sur le gâteau l'organisation joint par téléphone m'annonce alors, qu'a cet endroit il n y' a aucun moyen de venir me récupérer... Super ! Je suis donc bloqué au fin fond des Carpates ! Il ne manquerait plus que je croise des loups et là ça serait parfait;-)
Après un moment de réflexion, je décide de tenter de redescendre une rivière qui passe a proximité en roue libre, mais sans savoir où elle me mènera. Un ravin ? Une route ?  Je verrais bien ! Après plus d'une heure à pousser, porter ma moto, me voici enfin sur une route et je peux alors communiquer mes coordonnées GPS à mon assistance pour qu'ils puissent me récupérer.

Fin de chantier ! Vraiment déçu, mais c'est la course et les aléas des sports mécaniques. Je positive en me disant que je préfère à la limite abandonner si prêt du but en ayant tout tenté sans jamais avoir baissé les bras plutôt que de m'être fait mal ou d'avoir craqué moralement!

duchene romanicas j5

Je tiens à remercier mes parents et Arnaud pour l'assistance, ma compagne pour toute la partie communication lors de la course, l'ensemble de mes partenaires sans qui l'aventure ne serait possible, les personnes qui m'ont soutenu et encouragé et Freenduro pour la confiance !

Romain

 


Arnaud Chincholle accompagnait Romain (pour lui filer un coup de main pour assistance et prendre des photos ) et lui découvrait cette épreuve , alors il nous a semblé intéressant de lui demander son avis sur cette course pour avoir un regard extérieur.

Alors Arnaud, c’était comment la Romaniacs vue de l’extérieur ?


Franchement... Il faut y aller pour comprendre... J’ai beau avoir vu la quasi-totalité des vidéos sur le sujet, c’est impossible de réaliser ce que cette course représente sans avoir mis les pieds à Sibiu ! L’ambiance, les obstacles du prologue, le parcours, le mental d’ acier des pilotes, le style de conduite des roumains... Tout y est particulier !!! Et quand tu viens du pays du «politiquement correct » et du «principe de précaution», tu as quand même besoin d’un petit temps d’adaptation ! Non mais rassures toi, ce n’est pas si méchant... Au bout de 24h tu ne remarques même plus les câbles électriques qui pendent sur les poteaux, les bouts de ferrailles qui dépasse en plein sur la trace des pilotes, les roumains qui te doublent sur la ligne blanche alors qu’un semi arrive en face, etc... Ça va presque finir par te sembler normal.

 Mais la Romaniacs, ce n’est pas que ça. C’est avant tout une course de barjos !!! Elle a la particularité de mêler idées farfelues, grain de folie, et indéniable talent (tant du côté organisation que pilotes). Si t’as pas un mental d’acier et une vraie technique sur la moto, je te garantie que tu vas regretter ce moment où, confortablement assis devant ton ordinateur, tu as envoyé ton dossier d’engagement !!! Malgré que j’y sois allé en tant que photographe, je reste à la base enduriste. Et je me demande vraiment comment ils font tous pour s’en sortir, et surtout pour y revenir l’année suivante...

Et puis franchement, faut faire quelque chose pour Martin Freinademetz (le boss de la Romaniacs) et ses « track managers ». Ils ne sont pas nets ces types !!! Je me souviens, sur un point spectacle, avoir été obligé de demander où étais la trace au responsable média qui nous accompagnais, car personnellement, je ne voyais vraiment pas où l’on pouvait faire passer des motos...

pilote red bull romaniac 16


Autre souvenir fort : c’est la casse de l’embrayage sur la moto de Romain. Trouver et réparer un embrayage complet au fin fond de la Roumanie, c’était pas gagné sur le papier ! Et pourtant... C’était sans compter sur Seb’ Fortanier (mécanicien officiel KTM), un dealer allemand KTM, et un team Russe qui se sont tous démené pour que la moto #109 reparte le lendemain. C’est ça l’esprit extrême enduro !!!
Quand sonne l’heure de partir, tu dis naturellement « see you next year ! » à tous le monde. Lapsus révélateur ? On verra bien l’an prochain...

Bref... Tu peux pas comprendre, faut que tu viennes !

visage pilote hard enduroLes pilotes en ont c.... pendant 5 jours mais ont le sourire à l'arrivée !

 

Photos : Arnaud Chincholle et Anca Dobrota