Le monde de la moto verte en général et de l'enduro en particulier a souvent dû se défendre sur le terrain de l'écologie ou des nuisances. Aujourd'hui, grâce à une étude rigoureuse publiée en mars 2026 par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) et commanditée par la FFM, nous disposons d'un argumentaire béton sur un terrain où on ne l'attendait pas : l'économie.
1. Organiser un enduro en milieu rural : le défi des contraintes
Organiser une manche nationale n'est pas une mince affaire pour un moto-club. L'étude souligne en page 16 que l'organisation elle-même (le Moto-Club du Haut-Cantal) travaille souvent avec un budget limité (un peu plus de 115 000 € de dépenses) et doit faire face à des "fuites" économiques.
En effet, le tissu économique restreint des zones rurales oblige souvent à faire appel à des prestataires extérieurs au territoire pour le matériel technique spécifique. L'organisation elle-même ne génère donc que 13 600 € d'impact direct. Pourtant, malgré ces contraintes logistiques inévitables, la capacité de l'événement à attirer des revenus externes est phénoménale : plus de 99 % de l'impact économique primaire provient directement du portefeuille des visiteurs et non du budget de l'organisation. Le moto-club n'est donc pas un centre de coût, c'est un puissant aimant à capitaux.
2. Le verdict des chiffres : 2,55 millions d'euros injectés
C'est le chiffre massue de la page 4. La manche du championnat de France d'enduro à Saint-Flour en 2025 a généré une valeur ajoutée totale de 2,55 M€ pour l'économie locale.
Cet impact se décompose en deux vagues (détaillées en page 17) :
- Impact primaire (1,96 M€) : L'argent frais dépensé directement sur le territoire par les pilotes, les teams et les spectateurs extérieurs à l'agglomération.
- Impact secondaire (589 K€) : L'effet "boule de neige". C'est l'argent que le restaurateur, l'hôtelier ou le pompiste réinjecte dans l'économie locale en payant ses propres fournisseurs ou ses salariés pour faire face au surplus d'activité généré par la course.
Pour mesurer très précisément cet effet d'entraînement, le CDES a utilisé le multiplicateur de Wilson (fixé à 1,30). Ce modèle scientifique, expliqué en annexe page 31, permet de prouver que chaque euro dépensé par un enduriste circule, crée de la valeur et s'amplifie dans le territoire.

3. Pourquoi l'enduro performe plus que les autres sport mécanique ?
L'enduro n'est pas un sport de passage, comme les épreuves du championnat de France se déroulent sur 2 jours (sans compter les jours où les pilotes et assistances sont là bien avant le weekend de course, pour les repérages), c'est un sport de séjour. L'étude met en avant deux leviers majeurs (voir pages 5 et 13) :
- Le format "séjour long" : les chiffres sont écrasants. 74 % des participants dorment au moins 3 nuits sur place, et plus de 33 % y passent 4 nuits ou plus.
- L'effet de meute : l'assistance mécanique aux pilotes est indispensable. Pour chaque pilote engagé, on compte en moyenne 3,7 accompagnants.
Résultat ? On ne parle pas de quelques motos, mais de 12 345 personnes présentes qui consomment localement (avec une dépense moyenne de 295,10 € par visiteur extérieur). Et ils ne font pas que dormir dans le paddock (seulement 17,3 % en camping-car) : 26 % choisissent des gîtes ou chambres d'hôtes, 20,5 % l'hôtel et 18,9 % des locations de particuliers (page 14).
4. Le profil de l'enduriste : un visiteur CSP+
Loin des clichés du motard marginal ou de la rengaine "l'enduro, un sport de riches pratiqué par des pauvres", l'enduriste est sans conteste un moteur économique de qualité avec un vrai pouvoir d'achat significatif qui se retrouve investi dans l'économie locale (voir page 21).
- Revenus solides : 41,1 % des participants gagnent entre 2 001 € et 3 000 € net par mois, et 26,5 % gagnent plus de 3 000 €.
- Origine sociale : on constate une forte proportion d'artisans, commerçants, chefs d'entreprise (22,4 %) et de cadres ou professions intellectuelles (21,8 %).

5. L'argument fatal : un ROI imbattable pour les élus
Si une mairie ou une communauté de communes hésite sur le montant d'une subvention ou doute des retombées économiques d'une épreuve du championnat de France d'enduro sur sa commune, montrez-lui ce tableau résumé des données de la page 6 :
| Poste | Donnée CDES |
|---|---|
| Aides publiques totales (directes + nature) | ~ 22 000 € |
| Impact économique total généré | 2 550 000 € |
| Rapport de force (ROI) | 1 € public investi = 115 € de retombées |

Sébastien Poirier, président de la FFM, le confirme :
"Ces résultats viennent confirmer ce que nous constatons sur le terrain depuis de nombreuses années : nos épreuves motocyclistes constituent un véritable levier économique pour les territoires, en particulier ruraux. Au-delà de la performance sportive, nos épreuves génèrent de l’activité, de l’attractivité et de la richesse pour notre économie nationale. L'étude réalisée par le Centre de Droit et d'Économie du Sport de Limoges, acteur majeur dans ce domaine, vient documenter avec précision et professionnalisme cet impact."
6. Un héritage touristique durable
L'impact ne s'arrête pas le dimanche soir au démontage du paddock. L'étude montre que sur les 34 % de personnes qui découvraient le territoire de Saint-Flour à cette occasion, 98 % souhaitent y revenir. Mieux encore, 72 % envisagent d'y revenir spécifiquement pour des vacances. L'enduro est donc la meilleure campagne de promotion touristique à grande échelle gratuite pour nos régions. On pourrait presque demander aux offices du tourisme de nous subventionner pour cette pub gratuite !?
Conclusion
Moto-clubs, vous avez désormais le rapport complet pour défendre vos dossiers. L'enduro n'est pas une charge pour la collectivité, c'est un investissement ultra-rentable.
Pour les plus pointilleux, l'intégralité du rapport PDF (37 pages) détaillant la méthodologie et les calculs de Wilson est consultable ci-dessous.





