On dépense parfois des milliers d'euros dans des suspensions préparées, des lignes d'échappement titane ou le dernier casque à la mode. Mais quand il s'agit d'investir une journée de notre temps pour apprendre à sauver la vie de notre pote de roulage, il n'y a plus grand monde. Pourquoi ce paradoxe ? Un commentaire posté récemment par Philippe Rousseau, ancien formateur secouriste, sur notre page Facebook nous a fait l'effet d'une douche froide : il proposait des sessions gratuites à son moto-club. Bilan ? Zéro inscrit. Ce constat doit nous interroger, nous les pilotes, à titre individuel.
Le paradoxe de l'enduriste
Faites le calcul rapide de la valeur de votre équipement sur une sortie dominicale : moto (10 000€), casque (400€), bottes (400€), genouillères, airbag... On s'équipe pour se protéger. C'est très bien.
Mais l'Enduro est pratiqué souvent à plusiuers, que se soit en balade ou en compétition. Quand vous chutez lourdement au fond d'un bois, à 15 km de la première route goudronnée, votre casque ne passera pas l'appel aux secours. Vos suspensions Öhlins ne vous mettront pas en position latérale de sécurité (PLS). C'est votre pote qui devra le faire. Et si c'est lui qui tombe, saurez-vous le faire pour lui ?
Ne pas attendre le club : formez-vous (et c'est souvent gratuit !)
On attend souvent que "le club organise" ou que "la fédé impose". Mais en réalité, vous n'avez besoin de personne pour devenir un meilleur coéquipier. Deux options s'offrent à vous :
- Le PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1) : C'est la base citoyenne. Une journée (7h), environ 60€, souvent finançable par le CPF. (Vous pouvez par exemple vous former aux Premiers Secours Citoyen (PSC) avec la Protection Civile proche de chez vous ou le faire en e-learning)
- Le bon plan : Le SST (Sauveteur Secouriste du Travail) : Comme le souligne Philippe, notre lecteur, c'est l'option royale. Elle dure 2 jours (donc plus complète), se fait sur votre temps de travail et est prise en charge par l'entreprise. Renseignez-vous auprès de votre employeur, c'est gagnant-gagnant.
Le nouveau protocole FIM : une responsabilité partagée
Comme nous l'avons expliqué dans notre article sur les nouvelles règles FIM concernant les commotions cérébrales, la sécurité ne dépend plus seulement des médecins. Le protocole demande aux témoins de savoir sécuriser la zone pour éviter le sur-accident, évaluer l'état de conscience sans bouger le pilote (risque cervical) et prendre la décision d'empêcher le pilote de repartir.
Le "rider 2.0" est un secouriste (
Imaginez la scène : dimanche matin, grosse chute dans le groupe. Panique générale. D'un côté, il y a celui qui crie, qui veut enlever le casque n'importe comment ou qui ne capte pas de réseau. De l'autre, il y a celui qui garde son calme, sécurise la moto, vérifie la respiration, sort son téléphone avec l'appli de géolocalisation et guide les secours avec précision.
Lequel des deux voulez-vous être ? Et surtout, avec lequel des deux préférez-vous rouler ?
Le défi Freenduro
Alors, on vous lance un défi individuel. Pas besoin d'attendre l'AG du club :
- Étape 1 : Demandez demain regardez qui propose le PSC1 près de chez vous (Pompiers, Croix-Rouge).
- Étape 2 : Inscrivez-vous. C'est une journée sans moto, certes, mais c'est peut-être la journée la plus utile de votre vie de motard.
- Étape 3 : La prochaine fois que vous préparez votre sac à dos, glissez-y une couverture de survie et un pansement compressif à la place de la deuxième paire de gants.
On dépense sans compter pour gagner 2 chevaux sur un moteur. Investir sur soi-même pour savoir réagir en cas de pépin, c'est ça, le véritable "Factory Spirit".
Le point de vue de l'expert : "SST, la formation gratuite via le boulot !"
Philippe Rousseau, 67 ans et ancien formateur secouriste, a réagi à notre initiative. Son analyse est lucide sur la mentalité des pilotes ("le déclic se fait souvent vers 30 ans, à l'arrivée du premier enfant"), mais il apporte surtout une solution concrète pour se former sans frais via son entreprise :
« Pour le prix des formations, il y a une astuce : devenir SST (Sauveteur Secouriste du Travail). C'est gratuit pour le salarié (pris en charge par l'entreprise), ça dure 2 jours et c'est encore plus complet que le PSC1. »
A noter que le SST n'est pas valable à vie. C'est un point important à préciser.
- Durée de validité : Le certificat SST est valide 24 mois (2 ans).
- Renouvellement : Pour le conserver, il faut suivre une session de recyclage appelée MAC (Maintien et Actualisation des Compétences).
- Durée du recyclage : C'est une formation courte d'une journée (7 heures), également prise en charge par l'employeur.
Pourquoi c'est important ? Parce que les gestes s'oublient vite. Si on ne pratique pas, au bout de 6 mois, on hésite. Le recyclage tous les 2 ans permet de "rafraîchir" la mémoire et d'apprendre les nouvelles techniques (car les protocoles de secourisme évoluent parfois).
Attention au cœur (il n'y a pas que la chute !)
L'enduro est un sport exigeant où le cardio monte vite et fort. Philippe rappelle une réalité souvent oubliée : le danger n'est pas seulement traumatique.
« Ça concerne aussi les "vieux" (j'ai moi-même 67 ans !) car un accident cardiaque est vite arrivé dans des conditions dures et inhabituelles comme celles que nous pouvons renconter en enduro. »
La "Checklist Survie" de Philippe
- 📞 Le 112 : Savoir appeler et donner sa localisation précise.
- 🩸 L'arrêt d'un saignement : Geste vital face aux blessures par perforation ou coupure.
- ❤️ Le massage cardiaque : Indispensable pour le risque cardiaque évoqué plus haut.
- 💤 La PLS (Position Latérale de Sécurité) : À réaliser après examen d'une victime inconsciente qui respire.
- 🪑 La position assise : À privilégier si le pilote présente des difficultés respiratoires.




