WEC 2009 par Alain Blanchard

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Alain Blanchard le promoteur du championnat du monde d'enduro (WEC) revient sur la saison 2009 qui vient de se terminer
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Le premier Super Test de l'histoire, au Portugal - Eva et Alain Blanchard (ABC Communication)

ALAIN BLANCHARD : « UNE TRÈS BONNE ANNÉE POUR LE WEC »

À la veille des ISDE qui se dérouleront du 12 au 17 octobre à Figueira da Foz, Alain BLANCHARD, le promoteur du MAXXIS FIM WEC prépare déjà activement la saison 2010. Après un exercice 2009 marqué par le succès du Super Test et des affluences en hausse, le chef d’orchestre du Championnat du Monde d’Enduro souhaite inscrire la prochaine saison dans la continuité. Interview.

ABC COM : Le championnat s’est achevé en apothéose avec le Grand Prix de France. Quel bilan à chaud tirez-vous du MAXXIS FIM WEC 2009 ?
Alain Blanchard : La saison a été très positive ! L’enduro mondial ne connaît pas la crise si l’on puit dire. Franchement, avec la FIM nous avions beaucoup de craintes en début de saison, au niveau de l’engagement des teams, du nombre de participants et de la stabilité générale du championnat. Finalement la saison s’est très bien tenue sportivement. Comme quoi le dialogue permanent que je maintiens avec les écuries et les constructeurs paye. Avec la FIM, on a su garder les pieds sur terre en restant soudés. C’est toujours tentant d’ajouter 1, 2, voir 3 Grand Prix au championnat, mais ce n’est peut-être pas le bon moment. Depuis 2004 et mon arrivée sur le WEC en tant que promoteur, l’enduro a beaucoup évolué. Je pense que dans une période économiquement difficile il faut rester prudent et sage. C’est pour cela qu’avec la FIM nous n’avons pas voulu multiplier le nombre de courses et bouleverser le règlement. Je pense qu’en 2009 le WEC s’en sort bien. On a eu huit beaux Grand Prix d’un point de vue sportif, avec beaucoup de nouveaux clubs organisateurs. Le déplacement au Mexique a notamment fait couler beaucoup d’encre, or il s’est révélé être un succès. Il a permis d’assurer la promotion du WEC en Amérique Latine. L’affluence est également en hausse par rapport à 2008, sincèrement c’est une bonne année pour le WEC.

Quel Grand Prix restera comme la référence en 2009 ?

Je dirai qu’il y a eu une bonne qualité sur l’ensemble des Grand Prix. On a eu un solide Grand Prix du Portugal pour commencer. Le WEC a découvert en Sardaigne une très belle épreuve, sûrement l’une des meilleures que l’on ai faite en Italie. La Finlande restera comme la course la mieux organisée, de manière très professionnelle. On a aussi redécouvert un public qui nous attendait depuis quatre ans là-bas. La Slovaquie a su affronter la pluie et des conditions très difficiles. Le Mexique nous a offert une épreuve exotique et festive. La Grèce est comme une deuxième maison pour le WEC. Enfin la finale française à Saint-Flour restera un mélange de tous les meilleurs ingrédients de la saison, avec une grande qualité sportive, une météo au top et la foule, à l’image même de toute l’année.

L’infirmerie du WEC était embouteillée en fin de saison. Comment l’expliquez-vous ?
Le Grand Prix de Grèce avec ses températures caniculaires a été très difficile, car beaucoup de places se sont jouées là-bas. Le sol aussi était dur, avec plus de chances de se faire mal. Et puis d’une manière générale le niveau sportif s’élève. En fin de saison, les pilotes sont aussi en phase de renégociation de leurs contrats, donc ils n’ont d’autre choix que d’attaquer. Pourtant je trouve que la saison a été rapidement jouée en ce qui concerne les titres dans les quatre catégories. C’est un petit regret. Heureusement qu’Antoine Méo a réveillé l’Enduro 1 en signant une fin d’année exceptionnelle. Je ne suis pas certain qu’avec une course supplémentaire, Mika Ahola soit champion du monde. En E2, Johnny Aubert a dominé sans discussion possible. Chez les E3, Ivan Cervantes a gagné toutes ses courses en signant un dernier tour canon, même si Christophe Nambotin lui a donné du fil à retordre. Oriol Mena chez les Juniors était au-dessus du lot grâce à son expérience, il a déjà cinq saisons internationales.

Le WEC continue-t-il de faire les yeux doux aux pilotes issus du motocross ?

Ils sont les bienvenus. Même si d’une manière générale, il y a eu plus d’échecs que de réussites dans la balance. Mais les patrons d’écurie, qui cherchent avant tout des pilotes pour gagner, ont raison de piocher dans ce vivier de pilotes car les enduristes Juniors ne sont pas forcément prêts. L’enduro est affaire de maîtrise et d’expérience de la compétition. Ceux qui sortent du championnat Junior sont encore un peu tendres, il faut leur laisser le temps de s’affirmer. On le voit avec les exemples de Guerrero ou Ljunggren, qui ne sont pas encore complètement mûrs pour gagner chez les Seniors. Il leur faudra un peu de temps pour prendre la relève d’Eriksson, Carlsson et consorts. Face à ça, aller chercher un pilote de motocross reste une alternative pour une écurie. En revanche la jeune génération d’enduriste a pour elle un atout de choix, c’est qu’elle est née avec le WEC, alors que leurs prédécesseurs ont connu l’enduro avant le WEC et ont parfois eu du mal à s’adapter.

C’est la génération des Extreme et Super Tests ?
Le Super Test restera comme l’un des grands succès de la saison 2009. Il a pourtant était décrié. Mais si aujourd’hui les affluences sont en hausse, c’est grâce au Super Test. Au passage, il a finalement su convaincre les plus sceptiques. Ce n’est pas sans me rappeler la création de l’Extreme Test en 2004. C’est vraiment une grosse animation le vendredi soir dans les villes qui nous reçoivent. Le Super Test apporte une autre ambiance, et même s’il reste des points de détail à régler, c’est un coup d’essai transformé.

Comment le WEC peut-il encore continuer de séduire un nouveau public ?

Par le Super Test tout d’abord, en continuant de s’y investir. Ensuite par le choix des épreuves. Des courses comme celle de Saint-Flour en France, située dans une ville moyenne, à proximité de l’autoroute, doivent nous servir de référence. Mon cheval de bataille reste la fidélisation des épreuves. Il faudrait que l’on puisse revenir dans les mêmes lieux chaque année. C’est pour cela qu’en 2010 on reviendra à Kwydzin en Pologne, à Noirétable en France, à Puchov en Slovaquie et à Serres en Grèce.


Les filles vont-elles débarquer sur le WEC 2010 ?

Oui, la Coupe du Monde Féminine d’Enduro sera lancée en 2010. Elle devrait être entérinée lors de la session biennale de la FIM à Genève les 24 et 25 octobre. Avec la fédération, nous espérons qu’il y aura un maximum de filles, au moins une dizaine. Ce sera difficile pour elles mais c’est bien pour notre sport. La Commission Enduro de la FIM précisera le règlement sportif mais les féminines devraient être présentes sur 5 des 8 Grand Prix, sélectionnés dans le calendrier. Il faudra qu’il y ait au moins trois filles au départ pour que l’épreuve soit validée.

Quelles seront les autres nouveautés du WEC 2010 ?
Pour le reste, Il n’y aura pas de grands changements. Il reste quelques détails mineurs à peaufiner, mais je considère que ce n’est pas le moment de bouleverser tout, les écuries restent fragiles. Je suis très content que toute l’industrie de l’enduro soit présente, mais je sais aussi que la situation peut vite devenir défavorable. Je garde les pieds sur terre. La prudence est le maître mot, en essayant de fournir du bon travail sur les bases de la saison 2009.

Pas de catégorie Enduro GP en 2010 ?

C’est trop tôt, il faut laisser mûrir ce projet. Toutefois pour 2011, je verrais bien l’apparition d’une catégorie majeure, qui pourrait par exemple s’appeler Enduro GP. C’est dans l’air et la physionomie de la saison écoulée ne peut que nous faire réfléchir. Dans chaque catégorie il y a trois pilotes qui dominent, et le championnat était presque décidé après trois courses. Il faut donc se demander si l’on n’aurait pas intérêt à réunir les 15 à 20 meilleurs pilotes du WEC au sein d’une catégorie unique.

Ce serait une révolution pour le WEC ?
Les écuries comme les pilotes ne sont pas encore réceptifs, ils sont craintifs et pour certains défavorables. En enduro il y a 10 ans, on distribuait une dizaine de titres. L’enduro est un sport suivi par une industrie européenne qui a pour stratégie de s’engouffrer dans de petits créneaux. Certains constructeurs se spécialisent dans les 300 cc 2T, d’autres dans les 250cc 4T, etc. Ils ont tous la volonté de mettre leurs motos en compétition, ce qui est louable… Mais à condition d’avoir une carotte au bout, avec un titre. Cette philosophie a été mise à mal avec la réduction à 3 classes, qui aujourd’hui est assimilée. Le passage à une catégorie unique n’est donc pas soutenu par l’industrie. Je comprends tout à fait cette position d’un point de vue marketing. Je pense aussi que les pilotes ne sont pas favorables car ils savent que ça va inévitablement réduire l’élite. Aujourd’hui il y a 35 à 40 pilotes qui gagnent bien leur vie en enduro, c’est mieux que le motocross. Si l’on resserre cette élite 20 pilotes, automatiquement certains resteront sur la touche. On peut comprendre que les pilotes soient partagés.

Après 6 saisons à la tête du WEC, considérez vous avoir donné une identité au championnat ?

Je suis heureux de constater qu’avec du travail, le WEC a trouvé une image et un label. Il a fallu investir dans la communication et la télévision. Grâce aux efforts de Motors TV, nous avons produit des programmes de qualité que j’ai pu diffuser à plus d’une quinzaine de chaînes à travers le monde, dont les prestigieuses SpeedChannel aux États-Unis ou encore ESPN Asia Pacific. Il est également intéressant de constater qu’il y a vraiment quelque chose qui a « pris » avec le public. Les spectateurs viennent aujourd’hui voir le label WEC. Ces nouvelles retombées sont aussi profitables aux médias et aux partenaires du championnat. Ce travail n’aurait pas pu aboutir sans l’engagement de la FIM et de la Commission Enduro Rallyes (CER), avec qui je collabore en toute franchise et de manière très démocratique. Je remercie donc le président de la CER Amedeo Michelotti. Le championnat n’existerait pas non plus sans ses partenaires et en premier lieu Maxxis, fidèle à ABC COM depuis 10 ans. Maxxis représente 90% du financement de notre activité, aussi le WEC lui doit beaucoup.

 

 

Source ABC Communication